Comment protéger efficacement votre chien contre la piroplasmose ? L’utilisation des antiparasitaires systémiques (comprimés de la famille des sarolaners) garantit-elle un risque zéro ?
Découvrez l’analyse complète d’un cas clinique vétérinaire pour adapter au mieux la protection de votre compagnon.
Inspiré du Cas Clinique par Florence BURONFOSSE-ROQUE (CPVL – VetAgro Sup) & Sylviane LAURENTIE (Anses-ANMV)
Exposé du cas clinique : une suspicion d’inefficacité ?
Une chienne Berger Allemand de 4 ans (en bonne santé), pesant 31 kg, reçoit régulièrement 1 comprimé par mois de sarolaner pour chiens de 20 à 40 kg. Ce protocole préventif est rigoureusement suivi par son propriétaire depuis plus d’un an.
Quinze jours après la dernière administration de l’antiparasitaire, l’animal est présenté en consultation vétérinaire pour une hyperthermie, une fatigue marquée et des urines sombres. Les propriétaires mentionnent n’avoir retrouvé aucune tique sur l’animal lors des jours précédents. Les examens complémentaires confirment pourtant de manière indéniable une piroplasmose.
Heureusement, le chien a été traité en conséquence et s’est rétabli en quelques jours. Suite à cet épisode, le vétérinaire a déclaré une suspicion d’inefficacité auprès des instances de pharmacovigilance.
Quel est votre avis sur cette situation ?
L’avis du pharmacovigilant : comprendre le mode d’action
La piroplasmose est une maladie grave induite par les morsures de tiques infectées. Les spécialités à base de sarolaner revendiquent le traitement des infestations par les tiques (Dermacentor reticulatus, Ixodes hexagonus, Ixodes ricinus et Rhipicephalus sanguineus), avec une activité acaricide immédiate et persistante sur les tiques pendant au moins 5 semaines.
L’apparition de la piroplasmose chez ce chien s’est donc produite pendant la période d’efficacité promise par le produit, et ce, sans aucune tique visible sur l’animal au moment du diagnostic.
L’efficacité sur les tiques ne peut être contestée dans ce cas, et aucune inefficacité complète contre la survenue d’une piroplasmose n’est à déplorer ici : le chien a pu se faire mordre par une tique infectée qui est morte rapidement après la morsure (et s’est donc détachée ou est restée invisible), mais qui a tout de même eu le temps de transmettre le pathogène.
Une étude menée sur 24 chiens traités avec du sarolaner a démontré une prévention de 100 % de la piroplasmose : à 21 ou 28 jours après l’administration du traitement, les chiens ont été infestés par 50 ± 4 tiques (Dermacentor reticulatus) dont 25 % ont été confirmées infectées par Babesia canis.
Aucun de ces chiens n’a présenté de symptôme ou n’a été testé positif (PCR et immunofluorescence indirecte). Il est important de noter que la piroplasmose peut également être transmise par d’autres espèces de tiques que Dermacentor.
Avec tous les médicaments antiparasitaires actuellement disponibles sur le marché pour lesquels les parasites doivent avoir commencé à se nourrir sur l’animal pour être exposés, ce risque, bien qu’extrêmement rare, doit être gardé à l’esprit au moment de la prescription.
👉 Le point clé du RCP (Résumé des Caractéristiques du Produit) :
Le RCP prévient explicitement que, pour subir l’action du sarolaner, les parasites doivent d’abord commencer à se nourrir sur l’animal. Par conséquent, nous ne pouvons pas totalement exclure le risque de transmission de maladies infectieuses d’origine parasitaire. Dans les indications officielles, les fabricants mentionnent uniquement la réduction du risque d’infection à Babesia canis par transmission par Dermacentor reticulatus pendant 28 jours après le traitement.
Ce que disent les études scientifiques
Une étude majeure (Geurden et al., 2017) menée sur 24 chiens traités au sarolaner a démontré une excellente efficacité :
- Les chiens ont été mis en contact avec environ 50 \ 4 tiques (Dermacentor reticulatus), dont 25% portait la piroplasmose (Babesia canis).
- Résultat : Aucun des chiens traités n’a développé de symptômes ni n’a été testé positif.
De ce fait, le médicament réduit de manière drastique le risque, mais le risque « zéro » absolu n’existe avec aucun produit actuel où la tique doit piquer pour mourir.
Tableau comparatif : Comprimés VS Colliers/Pipettes
Pour vous aider à y voir plus clair, voici un résumé des modes d’action des traitements disponibles pour votre chien :
| Type de Protection | Mode d’action principal | Avantages | Limites / Risques |
| Systémique (Comprimés : ex. Sarolaner) | La tique doit mordre et ingérer le sang pour mourir rapidement. | Administration facile, résiste aux bains/shampooings, pas de produit sur le pelage. | La tique doit piquer ; un risque résiduel de transmission ultra-rapide existe. |
| Topique (Colliers & Pipettes répulsifs) | Effet de contact cutané avant la morsure (effet « anti-gorgement »). | Évite souvent la piqûre initiale de la tique. | Efficacité réduite par les bains fréquents, risque de mauvaise diffusion locale, contact avec les enfants. |
Sources & Bibliographie scientifique officielle
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Geurden, T., Six, R., Becskei, C. et al. Evaluation of the efficacy of sarolaner (Simparica®) in the prevention of babesiosis in dogs. Parasites & Vectors, volume 10, article numéro 415 (2017). DOI : 10.1186/s13071-017-2358-3
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Taenzler, J., Liebenberg, J., Roepke, R.K. et al. Prevention of transmission of Babesia canis by Dermacentor reticulatus ticks to dogs treated orally with fluralaner chewable tablets (Bravecto™). Parasites & Vectors, volume 8, article numéro 305 (2015). DOI : 10.1186/s13071-015-0923-1
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Portail officiel de déclaration : Anses – Pharmacovigilance ANMV (Agence Nationale du Médicament Vétérinaire)
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Crédits iconographiques & Étude de cas : Section « Sciences & Pratique – Animaux de compagnie », Cas clinique conjoint du CPVL (Centre de Pharmacovigilance Vétérinaire de Lyon – VetAgro Sup) et de l’Anses-ANMV.
Questions Fréquentes
Quels sont les premiers signes de la piroplasmose chez le chien ?
Les symptômes les plus fréquents de la piroplasmose incluent une fièvre brutale et très élevée (souvent supérieure à 39.5°C ou 40°C), un abattement total (le chien refuse de se lever), une perte d’appétit, des muqueuses pâles ou jaunâtres, et de manière très caractéristique, des urines de couleur foncée (allant du orange foncé au marron foncé). Si vous observez ces signes, il s’agit d’une urgence vétérinaire vitale.
Pourquoi l’exposé clinique indique-t-il que les propriétaires n’ont trouvé aucune tique ?
Lorsqu’un chien prend un comprimé systémique, la tique qui le mord absorbe le poison immédiatement. Elle meurt en quelques heures et se décroche naturellement du pelage. De plus, les tiques au stade de larve ou de nymphe sont minuscules (parfois à peine plus grosses qu’un grain de sable) et sont presque impossibles à détecter à l’œil nu au milieu des poils denses d’un Berger Allemand.
Quel est l’intérêt de déclarer ce cas à la pharmacovigilance vétérinaire ?
La déclaration de pharmacovigilance (auprès de l’Anses-ANMV) est un acte citoyen et médical fondamental. Même si le produit a fonctionné normalement dans ce cas précis (la tique a été tuée), recenser ces événements permet aux autorités de surveiller l’émergence de potentielles résistances des tiques aux traitements, de vérifier la sécurité d’emploi des médicaments et d’ajuster les notices (RCP) pour mieux informer les vétérinaires et les propriétaires.
